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Le plan de sécurité : à quoi il sert et comment le construire

· Par L’équipe Orekio

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Le plan de sécurité est un outil bref, structuré et construit à deux, destiné aux personnes qui traversent ou risquent de traverser une crise suicidaire. Il se prépare à froid, pendant une consultation calme, dans les mots du patient, pour être disponible au moment où il en aura besoin.

Un plan d'action, plutôt qu'une promesse

Le plan de sécurité se distingue du « contrat de non-suicide ». Demander au patient de s'engager à ne pas faire de tentative de suicide n'a pas d'effet protecteur démontré, et peut fragiliser l'alliance (Rudd, Mandrusiak et Joiner, 2006). Le plan de sécurité procède autrement : plutôt qu'une promesse, il fournit une suite d'actions concrètes, hiérarchisées, à essayer quand la tension monte.

La méthode est celle de la Safety Planning Intervention de Stanley et Brown (2012). Elle a été évaluée, associée à un accompagnement téléphonique, dans une cohorte de 1 640 patients passés aux urgences (Stanley et coll., 2018) ; l'effet mesuré porte sur les comportements suicidaires, pas sur les idées, et il n'est pas démontré pour un plan utilisé seul.

Ses six étapes

Dans Orekio, les six étapes portent les titres que le patient lit sur son écran (les formulations sont celles d'Orekio ; le formulaire original de Stanley et Brown est protégé, la méthode ne l'est pas) :

  1. Signes avant-coureurs : comment je me sens quand une crise approche.
  2. Stratégies d'apaisement internes : ce que je peux faire seul pour me calmer, sans contacter personne.
  3. Personnes ou lieux de distraction : qui voir, où aller pour me changer les idées, sans avoir à dire que je vais mal.
  4. Proches à contacter : qui peut m'écouter et m'aider si je me sens en danger, avec leur numéro.
  5. Professionnels et urgences : quels professionnels ou services contacter.
  6. Mettre à distance ce qui pourrait me faire du mal : ce que j'ai décidé d'éloigner, comment, et jusqu'à quand.

Chaque ligne est écrite avec le patient, dans ses mots, avec ses contacts réels. Pour l'étape 6, l'application ne nomme, ne liste et ne suggère jamais un moyen : le patient écrit ce qu'il met à distance, la manière et l'échéance, en phrase entière, et ces mesures sont présentées comme temporaires.

Ce qu'Orekio en fait, et ce qui vous appartient

Dans Orekio, le plan est un module que vous ouvrez et que vous construisez avec le patient en consultation. Vous pouvez l'un et l'autre écrire, modifier et compléter ; chaque ligne porte son auteur et sa date, et vous voyez ce qui a changé depuis votre dernière revue commune. Ensuite, le patient l'a en permanence sur son téléphone, épinglé en tête de son accueil, hors de la liste des autres outils, consultable sans réseau. Une seule grande carte, « Je vais mal », ouvre le parcours : quelqu'un qui va mal n'a pas à choisir.

Les contacts des étapes 4 et 5 se joignent d'un geste, sans que le numéro s'affiche à l'écran. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et ouvert 24 h/24, est rappelé sous chaque liste de contacts, et une feuille d'urgence, accessible sans traverser le parcours, réunit le 3114, le 15 (112 en Europe) et le 114 par SMS pour les personnes sourdes ou malentendantes.

Quand le patient ouvre son plan, rien n'est enregistré : ni le moment, ni la durée, ni ce qu'il a lu. Personne n'en est informé, pas même vous. C'est voulu : un compteur d'ouvertures serait un indicateur de risque, et un mois à zéro rassurerait à tort. Le parcours ne demande jamais au patient d'évaluer son état.

À côté des six étapes, le patient dispose de deux espaces qui ne vous sont jamais transmis : ses raisons de tenir, des photos accompagnées chacune d'une phrase, et une phrase d'ancrage affichée à la fin du parcours. Vous savez qu'ils existent, jamais ce qu'ils contiennent. C'est le seul module d'Orekio où une partie de ce que le patient écrit vous est, par construction, invisible.

Une autre particularité mérite d'être dite : le plan est le seul module qui n'est pas soumis au consentement de partage du patient, parce qu'il est construit à deux et que le masquer vous retirerait ce que vous avez écrit vous-même. Le patient en est informé à l'endroit où il écrit.

Orekio rend le plan disponible, et rien de plus. Cohérent avec son statut de carnet de bord numérique, et non de dispositif médical (voir À propos) : l'évaluation du risque et la prise en charge restent les vôtres.

En pratique

Le plan gagne à être revu : après une crise, après un changement de situation, ou simplement à intervalle régulier, et Orekio vous permet de dater cette revue. Une version tutoyée, aux titres plus concrets, existe pour les adolescents ; c'est vous qui l'activez. Les modules Ancrage, Respiration et Tolérance à la détresse sont souvent ouverts en parallèle, comme boîte à outils pour l'étape 2. Un plan de sécurité accompagne la prise en charge, sans la remplacer.

Sources

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